Clinique L'intimité sous scanner
Nous vivons une époque étrange où l’on traite l’intimité comme un dossier médical. On dissèque, on étiquette, on diagnostique. On ne vit plus une rencontre : on passe un scanner, on mène un interrogatoire, on fait passer un entretien d’embauche. On arrive au premier rendez-vous avec une grille d’évaluation invisible, traquant le moindre « signal d’alerte » comme si notre survie en dépendait.
Nous sommes devenus des techniciens du sentiment, des experts en salle d’opération émotionnelle. Mais à force de vouloir tout stériliser pour ne plus souffrir, nous avons fini par tout paralyser. On ne cherche plus une âme vibrante, on cherche une compatibilité logicielle sans bug.
Les réseaux sociaux regorgent de conseils pour identifier les fuyants, les anxieux, les évitants. On nous vend des modes d’emploi pour réguler son système nerveux avant même d’avoir osé prendre la main de l’autre. On nous assène qu’il faut être « guéri » avant d’aimer.
Mais guéri de quoi ? De l’humanité ? De l’imprévisible ? De la vie ?
Qui peut prétendre être un bloc de sérénité absolue face au chaos du désir ? L’idée qu’il faille atteindre une perfection psychologique avant de s’engager est une escroquerie. On ne guérit pas dans le vide d’une chambre solitaire ; on se révèle et on se transforme dans le reflet de l’autre. Attendre d'être « propre » de toute faille pour aimer, c'est s'interdire de vibrer.